L’UMP, c’est les gentils, le PS y fait rien qu’à taper sur eux, pas cool tout ça. Ah vision manichéenne, quand tu nous tiens. Gloire à Jacques, à Jean-Pierre (sait faire un bon café), Nico et leurs potes. Naturellement un contre-article à l’envolée lyrique de Tom-Tom s’impose.
« La France possède la gauche la plus archaïque d’Europe, mais les Français lui donnent raison. Pourquoi ? J’ai fait mon enquête ». C’est une phrase déjà maintes fois entendues dans les discours ou meeting politiques de droite. On peut d’ailleurs retrouver sans mal des propos similaires de l’autre côté. Mais j’aurais aimé que Tommy aille plus loin dans la réflexion : en quoi la gauche française est-elle archaïque ? La critique doit être circonstanciée pour être efficace, un article argumenté pour ne pas apparaître comme une simple tribune d’opinion.
On imagine notre pote Tom parcourant la France, un calepin à la main (un ordinateur portable pour être à la page), relevant méticuleusement toutes les opinions, fouillant, enquêtant à la Hercule Poirot, se faufilant dans les entrailles du pouvoir et le coeur des français. Le rêve de tout journaliste en somme.
« Le plus grave étant le poids des syndicats dans cette affaire. Nous vivons dans un pays où le pouvoir des syndicats est quasiment dictatorial, leur mécontentement aboutit à la coupure du courant »
Belle idée reçue que celle qui indique que les syndicats sont surpuissants en France. La France présente un taux de syndiqués parmi les plus bas d’Europe (si ce n’est le plus bas). Le dernier recensement (1999) donne 8% de taux de syndicalisme (pourcentage par rapport à la population active), soit deux millions de personnes [1]. C’est peu et les syndicats français, s’ils font souvent beaucoup de bruit (amplifiés par les médias), ne voient pas toujours (et c’est peu de le dire) leurs actions couronnées de succès. Plus loin, l’absence quasi totale de syndicats donne un pays comme les Etats-Unis, où les salariés ne valent plus grand chose et se défendent très mal (les chiffres de la précarité parlent d’eux-mêmes, on pourra prendre l’exemple du cas des employés de Walmart, récemment sur le devant de la scène).
On peut trouver extrêmes les méthodes des syndicats, les désapprouver (encore qu’une très grande majorité des actions est de type manifestation ou grêve, ce qui reste un eliberté fondamentale). Mais il faut toujours avoir l’esprit la notion d’équilibre dans une société, qui tend plus ou moins à essayer de se stabiliser. Le patronat est un pouvoir, le syndicalisme en est un autre. C’est une règle facilement observable que de voir se créer un contre-pouvoir en face de chaque pouvoir. Dans un monde idéal, les patrons seraient tous altruistes et les syndicats n’auraient pas lieu d’être. Mais les choses étant ce qu’elles sont les syndicats se sont créés pour faire contre-poids.
Les coupures de courant sont une méthode violente, mais c’est une arme qu’ont à disposition certains syndicalistes d’EDF lorsqu’en face, la décision du gouvernement est unilatérale. Est-ce bien, est-ce mal, je ne me pose pas en juge sur cette question. Simplement, remarquons de façon objective qu’en face, un patron d’une usine Bosh à Vénisseux menace de délocaliser la production si les salariés n’acceptent pas de travailler plus pour le même salaire (on est loin de la fameuse rengaine UMP : travailler plus pour gagner plus), alors même que l’usine est rentable. Chantage d’un côté, chantage de l’autre, feu, contre-feu. Il faut toujours mettre en balance un acte et son pendant.
Baisse du numerus clausus ? N’ayant aucun chiffre sous la main, difficile de porter crédit à une affirmation comme celle-ci. On pourra objecter que le numerus clausus existant depuis 1971, tous les gouvernements ont participé au resserrement de la population des médecins. le PS n’a pas su prévoir les carences de certains spécialistes ? Tout le monde est coupable. Si l’on remonte 10 ans en arrière, en 1994, la droite (RPR+UDF) dirigeait le pays. Il semble logique de les incriminer au même titre que le PS. Ce problème d’anticipation, tous les gouvernements l’ont rencontré à un moment ou à un autre.
« Je ne vous parle pas du plan hôpital 2007 qui est une avancée majeure en matière de santé publique. Nous avons la chance d’avoir un ministre de la santé avec des idées... et avec les crédits que M. Matteï n’avaient pas. » J’aurais aimé un développement d’arguments expliquant en quoi le plan hôpital 2007 est si extraordinaire. Quant aux crédits supposés de Douste, au vu des déficits publics qui se sont creusés ces 2 dernières années, en raison probablement de prévisions de croissance trop optimistes (le péché mignon de tout ministre du budget, de gauche comme de droite), de politiques clientélistes (on le verra plus loin mais l’UMP n’est pas un ange en la matière), on peut avoir quelques doutes. Quand on sait que le ministère des finances (en laissant filtrer malencontreusement quelques notes internes, la franche camaraderie se heurtant aux batailles en coulisses) émet quelques doutes sérieux sur le financement du trou de la sécu...
« C’est fou ça, pendant des années les socialistes ont regardé le trou de la Sécu se creuser sans lever un doigt, et à présent, ils se permettent de donner des leçons au gouvernement actuel. » la droite a eu le pouvoir en 86-88, 93-95, 95-97 et 2002-2004. On ne peut pas dire que qu’elle ait fait beaucoup. La sécu a été bénéficiaire en 2000 et 2001, certainement grâce à la croissance, mais c’est tout de même à souligner [2]. Le fameux plan Juppé, dont beaucoup pensait tout haut ou tout bas qu’il était une bonne chose est resté lettre morte pour une grande part. N’oublions pas que si Juppé a créé le RDS par dessus la CSG, c’est Rocard en 1991 qui a mis en place la CSG. Bref, 1 point partout balle au centre.
« En évoquant ces réformes majeures, nous pourrions ajouter que la politique de la droite n’est pas la politique clientéliste de la gauche, l’augmentation de la CSG pour les retraités en est l’illustration. Le gouvernement préfère sauvegarder la sécurité sociale en augmentant la CSG des retraités au niveau des actifs et ainsi perdre des électeurs potentiels chez les retraités (près de leur argent). »
Pour l’anecdote, dire que les retraités sont près de leurs sous, ça a un parfum de discussion de comptoir de bar. Plus sérieusement, les politiques clientélistes, tous les partis sont passés par là et l’UMP de 2002 autant que les autres. On rappellera pour mémoire la baisse anticipée (parce que non encore validée par la commission européenne) de la TVA pour les restaurateurs, du cadeau fait aux buralistes pour compenser la hausse du tabac, en complète contradiction avec la politique de santé nationale. L’étudiant en médecine que tu es appréciera le geste à sa juste valeur j’imagine ! Les discussions en cours sur l’aministie fisciale des capitaux illégalement expatriés et une réforme de l’ISF, expression pudique qui cache une baisse (ou suppression) de l’ISF. On pourra objecter que ces dernières mesures sont là pour ramener de l’argent en France et libérer les énergies comme le dit l’expression consacrée à droite. Mais la question se pose de savoir qui va en profiter réellement. Est-ce que cet impôt sur la fortune en moins sera réellement investi dans l’économie française au profit du plus grand nombre ? [3]
« Si vous n’entendez plus les ministres UMP et UDF répondrent aux provocations du PS ce n’est pas par manque de conviction, ils sont juste las de ces querelles et préfèrent s’investir pleinement dans leurs réformes. » J’avoue, je ne regarde pas souvent la chaîne Public pour suivre les débats parlementaires, donc savoir s’ils ne répondent plus aux provocations, qui peut le dire ? Par contre, affirmer que les ministres (UMP, PS ou autres) sont tous aussi altruistes et plein d’énergie et persécutés par les méchants d’en face, c’est encore une fois une vision manichéenne dont on se demande sur quels faits elle repose. Il est un fait que toute opposition (droite ou gauche) s’oppose toujours violemment et parfois très bêtement. Ce n’est pas l’apanage d’un côté de l’échiquier.
« Le nombre de loi votées en est la preuve, je vous invite à comparer la masse de travail accompli par un gouvernement de gauche et un gouvernement de droite, le résultat est sans appel. » Je ne demande qu’à te croire mais où sont les chiffres ? il faut une preuve tangible et non une impression vague en fonction des images à la télévision ou des effets d’annonce. En parallèle, on peut également objecter que ce n’est pas le nombre de lois votées qui fait un bon gouvernement, mais des lois utiles et efficaces. Gouverner, ce n’est pas une course à l’échalote, à celui qui pondra le plus de lois.
« Je voudrais faire passer un message à ceux qui ont voté socialiste lors des dernières élections. Je me demande si vous voulez la prospérité ou la décadence de la France. » Encore une fois, une vision manichéenne de la politique : l’UMP c’est le progrès, le PS la décadence. La prospérité dans nos sociétés n’est bien souvent qu’un leurre. Parce que même si les chiffres de la pauvreté ont diminué, passant de 15.3% en 1975 à 6.2% en 2001 (pour un seuil de 50% du revenu médian), il faut noter qu’en 2001, le taux serait de plus de 13% sans les aides de l’état, alors qu’en 1975, le taux monte à 19.9%, donc une intervention de l’état plus importante. Et encore, comme l’explique le rapport, sont exclus des statistiques les personnes logeant dans les centres d’hébergement, les SDF, etc. On peut retrouver cette analyse dans le dernier rapport de l’observatoire national de la pauvreté [4]. J’attends de voir quel gouvernement va instaurer cette fameuse prospérité économique, qui devrait soi-disant régler tous les problèmes ? Belle utopie... [5]
Et puis, il reste un point important : le respect du vote des électeurs qui n’ont pas voté comme toi, cher Tom. Dire que tous les électeurs ayant voté PS l’ont fait par mode ou suivisme, c’est écarter tous ceux qui l’ont fait par choix et conviction (et il en existe autant à droite qu’à gauche qu’au centre et aux extrêmes). Encore une histoire des bons et des méchants ?
« Nous voulons d’un gouvernement dynamique et travailleur, avec des idées nouvelles, des projets pour la grandeur politique, industrielle et sociale de la France. Ces projets nous les retrouvons concrètement dans l’UMP... et ce n’est pas de la propagande de dire que ce parti sera le meilleur choix aux présidentielles de 2007 ! » Je vais terminer par quelques questions :
Qui sont « nous », ceux qui veulent un « gouvernement dynamique et travailleur » ?
En quoi l’UMP est le meilleur garant social de la France ? même si le PS s’est largement affadi côté social, en laissant faire, je doute que l’UMP ait vraiment repris le flambeau.
En quoi dire que l’UMP est le meilleur choix n’est pas de la propagande ? Encore une fois, il faut des arguments.
[1] Source : Ambassade de France
[3] Le baron Ernest donne là une interview au Monde pleine d’enseignements, dans laquelle il demande clairement une suppression de l’ISF. Personnellement, gagner plusieurs millions et en donner la moitié à l’Etat ne me dérange pas du tout, puisque c’est une question de participation à l’effort général. Et les personnes assujetties à l’ISF sont loin d’être malheureuses. Il n’y a bien que Florent Pagny pour s’en plaindre chez Mireille Dumas !
[4] Pour les chiffres cités, voir page 52.
[5] Pour les intéressés, lire l’antimanuel d’économie de Bernard Maris, très édifiant sur le mythe de la concurrence et de la croissance.