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Consommation : vers un suicide global ? (consummérisme, publicité, pollution)

FSE : Séminaire à Bobigny, le 14 novembre

Par Mikeul, Olivier le 25 novembre 2003

Depuis quelques années, la consommation est devenue le nouveau paradigme de tout gouvernement. Consommer est devenue l’injonction politique, à droite comme à gauche. Pour sauver la croissance, il faut consommer ! L’amélioration qualitative de notre mode de vie ne peut se faire qu’en consommant plus... alors que cette surconsommation engendre d’elle-même une certaine dégradation de notre santé, de nos relations sociales ou de notre environnement , étrange paradoxe ! Il y a peu de limites à nos besoins... et cela se traduit à l’échelle de notre petite planète par le fait qu’un 1/6ème de la population mondiale représente 2/3 de la consommation. Ce chiffre met en avant deux enjeux : notre mode de vie à l’occidentale ne peut être généralisable à l’ensemble de la planète et cette répartition des pouvoirs d’achat telle qu’elle se présente actuellement est source de conflits et de tensions sans fin (migrations internationales, guerres du pétrole etc.). Bien évidemment, modifier en profondeur notre mode de vie pour en faire un mode durable et généralisable fait face à des obstacles difficiles : nouvelle adaptation du mode de production et fortes contraintes sur notre vie quotidienne (revoir notre mobilité par exemple).

Sur un autre registre, le fait d’exister dans nos sociétés occidentales est fortement corrélé à l’acte d’achat « J’achète donc je suis » ; cela est particulièrement visible pour l’automobile par exemple : a-t-on besoin d’avoir un 4X4 pour circuler en ville, ou est ce plutôt une manière de s’affirmer socialement, à défaut de briller par d’autres façons ? Cette existence par la consommation, fait social et culturel total, est source de nombre de tensions internes à nos sociétés : frustrations, individualisme, vols...

Finalement, beaucoup d’éléments poussent à opposer surconsommation et amélioration sociale et une porte de sortie repose dans le fait que le consommateur peut devenir acteur et utiliser le pouvoir de son porte-monnaie (c’est peut être d’ailleur le seul pouvoir qu’il lui reste ?) pour faire changer les choses.

Lors de ce séminaires, plusieurs interventions ont été faites sur différents aspects de la consommation.

L’agression publicitaire (UCIES)

2 chiffres : en France, en 2000, 30M€ ont dépensés en publicité. Nous recevons chacun 40kg de publicité papier par an dans notre boîte aux lettres. Un véritable matraquage !

Insidieusement, la publicité fait son intrusion dans les écoles, particulièrement dans des systèmes libéralisés comme aux Etats-Unis ou en Grande Bretagne où c’est devenu un moyen de financer l’école. Modeler les jeunes esprits pour en faire de bons consommateurs est devenu un créneau porteur...

La publicité exalte certaines idéologies que nous condamnont parfois dans d’autres circonstances : le sexisme (la femme objet), l’ethnocentrisme (la tribu), les pulsions animales (exalter nos bas instincts pour nous vendre n’importe quoi), la compétition (posséder les meilleurs atouts pour être le meilleur).

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Comment ça, je pousse à la consommation avec mon image de femme-objet ?

Ces faux besoins qu’on nous vend peuvent susciter la violence chez ceux qui sont exclus de la consommation et la frustration chez ceux qui consomment, avec l’insatisfaction et l’envie, sans compter la spirale de l’endettement chez les plus influençables. A sens unique (on ne peut répondre à la publicité), la pression de la publicité sur les médias altère leur objectivité et (ndlr) l’essor des publi-reportages par exemple élimine peu à peu la frontière entre vrai journalisme et promotion commerciale, sans compter les publicités insidieusement placées dans les scènes de nombreux films (Blade Runner en étant le précurseur).

Notre alimentation (Attac Portugal)

Dans l’alimentation, l’apparence (le « packaging ») a fini par prendre plus de valeur que la fonction ou le contenu des produits. La promotion a gagné sur l’aspect nutritionnel et la sur-consommation dans les pays occidentaux de produits alimentaires inadaptés à notre métabolisme pourrait être susceptible de faire baisser l’espérance de vie à l’avenir, notamment par l’essor des maladies liées à l’obésité. Des études alimentaires laissent penser que la génération actuelle d’enfants pourrait voir son espérance de vie baisser. Bien entendu, ce constat ne peut prendre en compte une évolution probable de la médecine (qui joue encore le rôle de palliatif).

Un seul exemple illustre ce propos : une étude sur les annonces publicitaires diffusées lors des programmes TV destinés aux enfants a montré que les jeunes téléspectateurs sont soumis en moyenne à 16 annonces/heure en France, 29 aux USA et 0 en Suède (du fait d’une loi, la publicité y est interdite lors de ce type d’émission). Or quels sont les premiers annonceurs dans ces créneaux horaires ? Par ordre d’importance : Mac DO, Coca, Nestlé, Kellogs... essentiellement des produits riches en sucre et en graisse. Tout pour améliorer le santé de nos chères têtes blondes, leur donner de bonnes habitudes alimentaires et restreindre leurs connaissances culinaires...

Cette malbouffe, en apparence peu chère, est en fait payée par le consommateur et/ou la colllectivité au travers d’autres postes de dépenses (le traitement de l’eau polluée par les pesticides agricoles, le recyclage des emballages par exemple). L’industrie agro-alimentaire externalise ces coûts en les faisant supporter par tous, y compris d’ailleurs ceux qui achètent bio...

Intervention d’Ecorev (Revue d’écologie politique) et du GLAD (réseau intergalactique)

A été mis en avant la thèse du « réformisme radical », soit un objectif de changement radical de mode de vie à long terme. A court terme, cela peut se traduire par des modifications de nos comportements de consommateurs, notamment pas l’essor des produits bio ou issus du commerce équitable, de l’utilisation de matériaux plus écologiques (bois certifiés par exemple) ou par des pratiques de démarchandisation (troc etc.). Ces phénomènes émergents ne sont cependant jamais loin d’une récupération par le système capitaliste (ndlr : par exemple la question du commerce équitable dans les grandes surfaces).

La Hongrie, un exemple de la consommation en Europe centrale (Les verts Hongrie)

La consommation est vue comme un symbôle politique de liberté et peu critiqué. Les citoyens ne pensent pas que les verts puissent discuter d’autre chose que de préservation de la nature, d’autant plus que l’extrême droite a récupéré le thème de la lutte contre la libéralisation et les multinationales.

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Moi, la consommation, ça me maintient en forme. Un traitement tout simple à vie, matin midi et soir. Essayez, vous ne le regretterez pas !

Conclusions des participants

Les participants ont mis en avant l’importance des actions individuelles pour faire bouger les choses : devenir un citoyen consom-acteur donnant du sens à l’acte d’achat.

Enfin plusieurs pistes de réflexion ont été lancées :

- revoir la notion de PIB afin de mieux juger l’apport réel de la croissance dans l’amélioration des modes de vie (ndlr : l’ONU propose la notion d’IDH, Indice de Développement Humain) ;
- examiner la façon dont l’Union Européenne pourrait légiférer pour diminuer le taux de TVA des produits issus du commerce équitable ne concurrençant pas les productions européennes (cacao par exemple) ;
- contrer la grande distribution et faire un geste environnemental en ayant plus recourt au marché de l’occasion, en allant sur les marchés, afin de réduire les intermédiaires entre producteurs et consommateurs ;
- mieux éduquer les enfants en terme de consommation, en étant vigilant sur la privatisation rampante du secteur de l’éducation.

L’avis de GrandManitou

Divers dans ses interventions, avec un public très communicatif et plutôt jeune, ce séminaire a été un peu le porte-voix de l’alter-consommation émergente. Il a mis en avant la mise en place progressive de solutions face à la sur-consommation actuelle, contre-modèle de développement durable à l’échelle de la planète. Ces solutions émergentes, parfois menacées par les démons de la marchandisation (qui n’y voit qu’un marché supplémentaire), font peu à peu de plus en plus d’adeptes ; c’est un espoir de voir qu’à défaut de moins consommer, une partie des occidentaux commencent à mieux consommer utilisant le pouvoir de leur porte-monnaie pour faire évoluer les choses. Cette évolution des comportements est par ailleurs souvent du fait de nécessités économiques (acheter moins cher) ou d’un besoin de produits sains et naturels... achète-t-on d’abord des produits bio pour changer les modes de production agricole ou pour leur qualité et avoir une alimentation plus saine ?

Mieux consommer, oui d’accord, mais moins ? Etape difficile à franchir par nos esprits tellement habitués à conjuguer pouvoir d’achat et ascension sociale...

On peut objecter à raison que la plupart des actions, gestes ont un impact à une échelle encore assez dérisoire, mais ce n’est pas pour autant qu’ils sont inutiles. A défaut, pour l’instant, d’actions coordonnées à plus grande échelle, les premiers pas passent déjà par des étapes de ce genre.

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