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Créer et partager les richesses autrement

FSE, séance pléniaire le 13 novembre à Bobigny

Par Mikeul, Olivier le 1er février 2004
Mise à jour le 3 février 2004
Cette grand conférence a été l’occasion de discuter sur des grands principes, des approches philosophiques globales sur la façon de vivre en société, en communauté et donc de partager les richesses produites, toujours sur le mode des contributions multiples (européennes, organisations, etc.)

Greenpeace

L’économie est mondialisée, les entreprises interviennent dans tous les pays et réfléchissent de manière globale, il s’agit maintenant d’un fait établi. Lorsque des citoyens, organisations, associations sont en conflit avec une grande entreprise (écologie, abus, non respect de la léglisation, etc.), ils engagent évidemment d’abord un combat au niveau local. Mais la stratégie dite de discrétion [1] des entreprises ajouté à leur force de communication (et de manipulation) impose nécessairement de porter ces combats sur la place publique nationale et mondiale.

Pologne

Un sentiment largement répandu parmi la population des pays de l’est (et en particulier de la Pologne) est de considérer que ces pays ne sont finalement que des marchés économiques pour l’Europe. L’intervenant polonais a donné l’exemple des grandes enseignes française d’hypermarchés ayant "envahi" le paysage polonais. L’élargissement européen ne doit pas seulement être économique mais également social et culturel.

Les "habitants de l’est" se sentent exclus de cet élargissement qu’ils considèrent se faire à leur détriment. En Pologne, d’un point de vue politique, cet accent mis sur l’évolution économique de ces pays depuis la chute du mur de Berlin occulte complètement les souhaits des polonais, en contradiction avec la réalité des choix effectués par les dirigeants, pressés de se conformer aux dogmes internationaux (et particulièrement des instances économiques comme le FMI, la Commission européenne, etc.) et de bien se faire voir des pays qui dominent politiquement et économiquement ces instances. Il suffit, pour cela, d’observer les choix concernant, par exemple, l’intervention en Irak.

Tunisie

L’accord de libre échange signé entre la Tunisie et l’Union européenne est un exemple programmé d’un partenariat inégal et néfaste pour le plus petit des deux contractants. Les différents chiffres et statistiques publiés depuis la mise en application de cet accord montrent un appauvrissement général de classes moyennes et modestes. Les activités traditionnelles tunisiennes (agriculture) ont peu à peu laissé la place à des importations étrangères, le salaire moyen a baissé.

Cet exemple criant de déséquilibre n’en est qu’un parmi d’autres qui montrent que le libre échange ne peut être appliqué brutalement. Les pays les plus faibles doivent être protégés. Si la France de 1945 n’avait pas été aidé, elle serait aujourd’hui au niveau de la Roumanie actuelle. Les pays occidentaux ont bénéficié de protection pour pouvoir se développer et se préparer à l’ouverture. Même eux souffrent de certains des aspects du libre échange.

Un pays comme le Burkina Faso ne peut quasiment pas être aidé, car dès qu’une petite industrie locale est mise en place et montre des signes de fonctionnement convaincant, les groupes intéressés pointent le bout de leur nez et s’installent, détruisant, en raison de leur force de frappe, toutes les entreprises locales qui ne peuvent les concurrencer.

Le travail et le néolibéralisme

L’intervenante allemande a posé comme observation que le néolibéralisme, par ses fondements et sa philosophie, considère que le travail salarié est la seule alternative, que la croissance est le but ultime et la consommation un des principaux moyens permettant d’atteindre cet objectif. Les opinions qui émergent actuellement et rencontrent un écho de plus en plus important dans la société civile, considèrent que le travail est, dans le contexte du néolibéralisme, une forme d’esclavage moderne. Les entreprises demandent à leurs salariés un investissement toujours plus grand, qui déborde parfois largement sur leur vie privée. Le travail et la carrière sont également souvent considérés et présentés comme les étapes ultimes de l’accomplissement de soi. Les quelques réflexions de Nietzsche sur le travail et sa signification philosophique sont un bon point de départ pour prendre du recul par rapport à cette vision assez largement répandu.

Changer les règles de fonctionnement de l’entreprise et revenir à un mode coopératif sont, d’après l’intervant des SCOP [2], deux directions vers lesquelles nous devons tendre. Les salariés doivent recupérer le pouvoir dans l’entreprise (1 salarié, 1 voix). Une des solutions est de supprimer la notion de capital (et donc d’actionnaires extérieurs) en la transformant en parts sociales détenues par les salariés. Cette démocratie d’entreprise permet d’élire les dirigeants en interne et donc d’éviter les prachutages de l’extérieur et la dilution des responsabilités.

Face à l’internationalisation des grands groupes, qui émiette le rôle des syndicats dans les diverses usines et succursales des multinationales, l’intervenant de la CGT a mis en avant la constitution en cours de comités de groupes européens par multinationale permettant aux syndicats une meilleure coordination entre eux et une globalisation de leur lutte à l’échelle du groupe entier.

L’intervenant des SCOP, le libre échange semble impossible à mettre en oeuvre pour les pays pauvres car ils ne sont pas en mesures d’être concurrentiels. L’ouverture de leurs marchés porterait un coup fatal à leur économie naissante et indapatée à la concurrence mondiale (qui est parfois subventionnée, comme le coton américain). Il s’agit de les protéger au moins au début. Par exemple, selon lui, si la France n’avait pas pris des mesures protectionnistes à la Reconstruction, elle serait au niveau de développement actuel de la Roumanie.

Interventions complémentaires

Le porte-parole de Green Peace a insisté pour une régulation publique accentuée et a remis en cause la notion même de croissance, determinée d’après la seule notion de Produit Intérieur Brut, sans prendre en compte le développement humain (ndlr : notion d’IDH, Indice de Développement Humain ; en partant de cette indicateur, le classement des pays les plus « riches » n’est pas le même qu’en utilisant l’indicateur P.I.B., notamment pour certain pays pétroliers richissimes mais à la législation sociale ou à la place des femmes discutables...). Les vertus de la planification doivent être retrouvées, avec un alignement des niveaux de vie permettant une meilleure adéquation besoins/ressources. Il importe de chercher à éliminer les consommations superflues et de (re)découvrir de nouvelles formes d’épanouissement non polluantes ou non marchandes : culture, échanges, etc. C’est sur cet aspect que les consommateurs ont un véritable pouvoir par leurs choix de consommation.

Enfin, les intervenants ont mis en garde leur auditoire sur le danger que constitue le projet de constitution européenne dans sa forme actuelle car elle inscrit le libre-échange comme un des objectifs et un des principes directeurs de l’Union.

[1] Le premier réflexe de beaucoup d’entreprise lorsqu’elles voient leur liberté d’action en danger dans un pays est de se déplacer vers une région à la léglisation plus souple, plus laxiste, on pense notamment aux menaces voilées (ou non) de délocalisation proférées ces derniers temps en France.

[2] Associations de coopératives.

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