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La plupart des intervenants s’accordent à dire, notamment ceux des autres pays, que le statut français des radios communautaires est plus favorable que qu’ailleurs, expliquant ainsi la force du secteur (qui reste quand même très régionalisé). L’idée général sur laquelle s’accordent les participants est d’instaurer un statut européen des radios communautaires, s’inspirant fortement de l’exemple français.
La radio est certainement le média électronique de masse le plus accessible. Entre la télévision qui demande une infrastructure de diffusion plus lourde et des récepteurs plus onéreux, et Internet qui est loin d’être mondialement répandu, également pour des raisons d’infrastructure et de réception, la radio trouve largement sa place. On oublie souvent que beaucoup de pays n’ont même pas l’électricité.
La radio est cependant loin d’avoir un impact aussi important que, notamment, la télévision, dans les pays qui possèdent ces deux moyens de diffusion. La force de l’image et parfois un manque de couverture des radios (régionalisation des radios communautaires) expliquent assez facilement cet état de fait. C’est un outil qui reste important dans le développement d’initivatives locales et techniquement plus accessible à des amateurs indépendant qu’une diffusion télévisuelle (dont la logistique est nettement moins abordable).
Toutes les initiatives sont éclatées, indépendantes et manquent d’un liant plus général. L’intervenante allemande propose, idée qui paraît simple et évidente à première vue, de mutualiser les moyens : une chaîne de télévision alternative internationale unique, une radio, etc. Mais au-delà de la proposition, beaucoup de questions restent en suspens :
Comment arriver à fédérer autant d’opinions, , d’organisations qui composent le mouvement altermondialiste, qui reste tout de même un ensemble hétéroclite ?
Quelle structure et quelle organisation pour ces médias unitaires ?
quelle ligne éditoriale ?
Comment faire entendre, dans ce cadre unique, toutes les voix qui composent le mouvement alter ? A part la déclaration d’intention un peu fracassante, cette proposition soulève plus d’interrogations qu’elle ne répond aux besoins.
L’autre sujet important qui prend toute son importance aujourd’hui est celui de la concentration des médias, en particulier leur appartenance à quelques grands groupes financiers. Les conséquences de cet état de fait sont plutôt évidentes :
Pression publicitaire : Que ce soit dans le secteur audiovisuel, radiophonique ou celui de la presse écrite, une grand partie des revenus provient de la publicité, avec, en raison également de la concentration, quelques gros annonceurs. La tentation peut être grande de menacer un média de rupture de contrat si celui-ci émet une opinion négative sur l’annonceur ou ses intérêts. Les exemples abondent de menaces, et encore ne connaissons-nous que celles rendues publiques.
lignes éditoriales : Certains grands groupes n’hésitent pas à imposer une ligne éditoriale aux médias qu’ils possèdent, soit par conviction, soit et surtout par intérêt (économique ou d’image). Le premier cas peut être illustré par l’exemple de News Corps, dont la patron ne cachait pas ses sympathies à l’idée d’aller guerroyer en Irak. Le deuxième cas ne manque pas d’exemples, où les critiques par les médias des groupes qui les contrôlent sont loin d’être un règle (tacite ou non).
Les choix des sujets par les différents médias ne sont d’ailleurs pas anodins quant il s’agit de présenter une opinion ou une ligne éditoriale. Un média peut parfaitement être orienté, ce n’est en soi absolument pas un délit dès lors que cette opinion est clairement exprimé. Mais là encore les exemples de glissement presque imperceptibles sont légions. On pensera notamment à l’élection de 1995, TF1 ayant largement fait campagne pour Edouard Balladur, aux dérives audiovisuelles dans le domaine de la sécurité, en particulier au lendemain du 11 septembre, etc.
Suite aux interventions du public, quelques questions ont été soulevées :
L’aspect technique de la diffusion (télévision, internet, etc.) est un point important à ne pas négliger quand il s’agit de s’affranchir des pressions des uns ou des autres. Dans le cas d’Internet, toutes les technologies de diffusion (vidéo, radio, etc.), il est vital de promouvoir les initiatives alternatives pour ne pas dépendre des monopoles. On pense à Microsoft dans le domaine du logiciel, et plus généralement les logiciels propriétaires, dont le fonctionnement rend dépendant les clients. Le logiciel libre est, par sa nature, une réponse à ce type de dépendance. Que ce soit au niveau des normes, des technologies, des logiciels. L’information va passer de plus en plus par ce média-là, la question est donc réellement d’actualité.
L’intervenant d’ACRIMED [1] rappelle un point souvent oublié de la constitution française d’origine : La distribution et l’édition devraient être gérées par des structures coopératives, pour éviter toute hégémonie ou concentration. C’est encore le cas pour la distribution mais pas pour l’édition (concentré en quelques grands groupes et dont certaines zones sont contrôlées par des entreprises liées à l’armement - on pense à Dassault ou Lagardère dont l’ambition médiatique grandit).
Les exemples de journaux appartenant à des coopératives, ou mutuelles ne sont pas si nombreux.
L’intervenant italien expose a fondé un journal indépendant avec quelques principes simples mais qui fonctionnent :
Les quelques exemples relatés ici montrent à la fois que les initiatives d’information alternative existent et peuvent fonctionner, et que les dangers de la concentration des médias ne sont pas des mirages mais ont un impact direct sur notre vie de tous les jours. Qui détient l’information détient une grande parcelle de pouvoir dans nos sociétés actuelles, qui dépendent énormément de la circulation de l’information.
L’intérêt économique, lorsqu’il prime sur tout le reste, comme c’est le cas actuellement, conduit toujours à des dérives et des manipulations, en particulier dans le domaine des médias. Le contrôle de l’information par la puissance militaire dans un conflit laisse de cuisants souvenirs. Or la puissance des multinationales (voire transnationales comme on commence à les appeler), qui sont beaucoup plus puissantes que beaucoup de pays, va dans le même sens qu’un contrôle de leur information et communication. Le parallèle avec l’armée est saisissant.
Encore un bel exemple de l’indépendance des médias, dans le service public d’autant plus... c’est édifiant ! J’ai bien fait de me débarrasser de ma télé :-)
Conseil supérieur de l’audiovisuel
Décision n° 2003-581 du 4 novembre 2003 portant sanction pécuniaire à l’encontre de la société France 2
Le Conseil supérieur de l’audiovisuel,
(...) Vu la délibération en date du 18 mars 2003 par laquelle le Conseil supérieur de l’audiovisuel a décidé d’engager une procédure de sanction à l’encontre de la société France 2 après avoir relevé sur son antenne, au sein du journal de 20 heures du 15 janvier 2003, une pratique qui pouvait contrevenir aux dispositions de l’article 9 du décret du 27 mars 1992 susvisé ;
Vu le rapport de présentation rédigé par la direction juridique du Conseil supérieur de l’audiovisuel dans le cadre de la procédure de sanction engagée à l’encontre de la société France 2 ;
Après avoir entendu le 4 novembre 2003 MM. Christopher Baldelli, François Tron et Olivier Mazerolle et Mme Brigitte Polio, représentant la société France 2 ;
Considérant que les dispositions de l’article 9 du décret du 27 mars 1992 susvisé prohibent la publicité clandestine ; qu’aux termes de ces dispositions « constitue une publicité clandestine la présentation verbale ou visuelle de marchandises, de services, du nom, de la marque ou des activités d’un producteur de marchandises ou d’un prestataire de services dans des programmes, lorsque cette présentation est faite dans un but publicitaire » ; que le Conseil supérieur de l’audiovisuel, par délibérations des 21 novembre 2000, 16 janvier 2001 et 23 avril 2002, a mis en demeure la société France 2 de respecter ces dispositions ;
Considérant que la société France 2 a diffusé le 15 janvier 2003 dans son journal de 20 heures un reportage sur l’évolution des habitudes alimentaires des Français et notamment la diminution du temps consacré à la confection des repas, au bénéfice de la consommation de plats préparés ; qu’à cette occasion a été interrogée une mère de famille contrainte par son activité professionnelle de consommer en grande quantité des plats préparés ; que, pour illustrer son propos, cette personne ouvrait son réfrigérateur, dans lequel sont apparues en gros plan deux barquettes cuisinées de la marque « Marie », dont le nom est apparu très distinctement à l’antenne ; qu’à cette interview a succédé la présentation d’un rayon de supermarché, balayé par une caméra dont le parcours s’est achevé sur un plan de barquettes de la marque « Marie » ; qu’au surplus la personne interrogée au cours du reportage s’est avérée être un des cadres commerciaux de la société qui exploite la marque « Marie » ;
Considérant que la diffusion d’un reportage présentant visuellement, à deux reprises, des barquettes alimentaires d’une même marque illustré par l’interview d’une personne responsable de leur commercialisation confère à l’ensemble de la séquence un caractère publicitaire ;
Considérant que la société France 2 a ainsi méconnu les dispositions de l’article 9 du décret du 27 mars 1992 susvisé ;
(...) Considérant qu’eu égard, d’une part, à la gravité du manquement commis, d’autre part, aux avantages susceptibles d’avoir été tirés de ce manquement par l’éditeur du service de télévision France 2, il y a lieu d’infliger à la société France 2 une sanction pécuniaire d’un montant de 60 000 EUR ;
Après en avoir délibéré,
Décide : Article 1
La société France 2 est condamnée à verser au Trésor (compte d’affectation spéciale du soutien financier de l’industrie cinématographique et de l’industrie audiovisuelle) la somme de 60 000 EUR.
Article 2
La présente décision sera notifiée à la société France 2, au ministre de la culture et de la communication, ordonnateur principal du compte d’affectation spéciale n° 902-103 (soutien financier de l’industrie cinématographique et de l’industrie audiovisuelle) et au ministre délégué au budget et à la réforme budgétaire et sera publiée au Journal officiel de la République française.
Fait à Paris, le 4 novembre 2003.
Pour le Conseil supérieur de l’audiovisuel :
Le président,
D. Baudis "
Pour compléter l’article, un exemple de la soi-disant indépendance des médias...
Jeudi 4 décembre, sur l’antenne de France Info a été diffusé plusieurs fois dans la journée un reportage sur une nouvelle eau minérale qui va être lancée par Coca Cola (le producteur d’obésité arrive à saturation en Europe et cherche de nouveaux marchés).
Quelques questions à ce sujet :
Quelle est l’utilité de cette information ? On en saura bien assez tôt sur cette eau par le matraquage publicitaire de Coca...
Ne s’agit-il pas de publicité déguisée, en suscitant l’intérêt et l’attente de consommateurs ?
Enfin je rappelle que France Info est une rédio du service public... donc a priori indépendante de toute pression commerciale ou de toute entreprise privée.